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La Codépendance
Si l'on peut comprendre la relation de dépendance qu'une personne entretient avec l'alcool, on comprend moins aisément la relation de co-dépendance que les proches entretiennent avec une personne dépendante. L'alcool modifie la vie de famille. Les proches (partenaire, enfants, etc.) deviennent progressivement dépendants de la personne dépendante de l'alcool. L'alcool devient un membre de la famille. S'installent alors Insécurité, Incertitude, Culpabilité, Perte de confiance en soi, Impossibilité d'agir.

Beaucoup de proches de personnes dépendantes disent qu'elles ont l'impression d'avoir un enfant de plus en parlant de leurs conjoints. Faut-il en déduire que leur comportement "enfantin" est le signe qu'ils ne sont pas passés au stade adulte à cause de problèmes rencontrés dans leur enfance? Ou que leur maturité d'adulte n'est pas aboutie pour les mêmes raisons? Ou que ce sont les proches qui maintiennent, consciemment ou non, la personne dépendante dans un état d'immaturité pour garder un ascendant?
Les relations de couple et de famille sont faussées. Les proches ont de la peine à considérer la personne dépendante hors de son son problème d'alcool. Inconsciemment, ils l'enferment dans son identité de dépendant à l'alcool. Ce qui peut l'influencer et lui rendre un changement d'attitude plus difficile.
Dans la dépendance et la codépendance, on retrouve la même notion: dépendance mutuelle.

Rompre les mécanismes :
un exemple
Ce témoignage d'un intervenant en alcoologie révéle la complexité des mécanismes entre dépendant et codépendant.
Irène et Armand, deux enfants, sont mariés depuis 7ans. Il est dépendant à l'alcool. Elle vient me voir.
Elle: J'en peux plus, j'aimerais partir seule chez mes parents un mois cet été pour me resourcer. Armand est aussi en vacances, mais je suis sûre qu'il sera incapable de s'occuper des enfants. Il a déjà tellement de peine à s'occuper de lui.... J'ai l'impression d'avoir 3 enfants à la maison!
Moi: Avez-vous parlé de votre projet à votre mari? Vous a-t-il dit qu'il ne pourrait pas s'occuper des enfants?
Elle: Non, mais je suis sûre qu'il en est incapable! Je m'occupe de tout à la maison: cuisine, linge, budget, commissions. Il ne s'occupe de rien à part le jardin et ses jeux vidéos. Mes amies me disent que j'ai un sacré courage de rester avec lui.
Moi: Parlez-lui de votre projet de partir chez vos parents et s'il accepte de s'occuper des enfants, laissez-lui la responsabilité. Dites-lui que je suis à sa disposition en cas de problème.
Chose dite, chose faite: Irène parle à Armand qui accepte de s'occuper des enfants. Elle part un mois, sachant que je réagirai en cas de problème .
Armand me téléphone régulièrement pour me demander des conseils pratiques (commissions, repas, linge, etc.). Je lui demande toujours comment il va avec l'alcool. Il me répond qu'il ne boit pas car il a des responsabilités.
Irène aussi m'appelle régulièrement pour me tenir au courant de ses contacts avec ses enfants et son mari. Elle s'étonne car ses enfants sont enchantés de vivre avec leur père. Elle découvre un autre Armand, sobre et responsable. Après ce mois de séparation, nous démontons ensemble les mécanismes de leur dépendance<>codépendance.
Lui: Vivre sans Irène m'a fait mesurer le vide de son absence et ce que je perdrais si elle me quittait. J'ai été heureux qu'elle me sonfie les enfants. M'occuper d'eux m'a rendu moins égoiste et plus responsable. Pendant ce mois avec eux, je ne suis pas allé au bistrot. Je ne me suis plus plaint auprès des copains des engueulades d'Irène lorsque je rentrais bourré à la maison. Ils ne m'ont pas offert le dernier verre pour me consoler de ce que je ramasserais en rentrant. Je n'avais plus le sentiment d'être l'alcoolo inutile de la famille.
Elle: J'ai appris à faire confiance à Armand pour s'occuper des enfants et de la maison. J'ai découvert qu'ils pouvaient développer une véritable complicité. J'ai appris à me méfier des avis sentencieux de mes amies à propos d'Armand car elles ont influencé mon comportement vis à vis de lui.
Armand ayant commencé son sevrage physique lors de l'absence d'Irène, il décide de poursuivre son sevrage psychologique avec un thérapeute, afin de comprendre les raisons qui l'ont entrainé sur le chemin de la dépendance.
En parallèle, Irène et lui font partie d'un groupe de rencontre dans lequel ils échangent leurs expériences et construisent leur nouveau couple libéré de l'alcool.

Ici le témoignage de Thierry
Un autre exemple dans lequel les mécanismes de Dépendance et Codépendance entre un fils et son père ont été rompus et ont permis le dernier déclic.


Qu'est-ce qui se passe?
Pour tenter d'améliorer la situation, d'aider son partenaire à arrêter de consommer, nous essayons différentes stratégies : essayer de comprendre, discuter, menacer, aimer davantage, réduire nos propres exigences,... et rien n'y fait ou du moins durablement. Alors que se passe-t-il? Que dois-je faire pour bien faire?
Parallèlement à l'évolution de la maladie de l'alcoolisme s'installe petit à petit un processus que l'on appelle codépendance. C'est une suite d'attitudes et de réactions que nous adoptons pour aider notre partenaire mais qui, finalement, nous épuisent sans que la situation ne s'améliore en définitive. Pour être en mesure d'aider l'autre, il est nécessaire de comprendre ce processus. Peut-être vous reconnaîtrez-vous dans l'une ou l'autre ou dans toutes les situations décrites ci-dessous.

Protéger et excuser
Il a beaucoup de travail... beaucoup de soucis... ses amis l'entraînent à boire... il ne sait pas dire non...B
ien souvent nous cherchons des excuses ou des raisons pour expliquer pourquoi il boit trop. Bien souvent aussi nous assumons les responsabilités à sa place, pour lui éviter des soucis ou parce qu'il n'est pas en état de les assumer. Et puis, nous cachons à notre entourage ces épisodes qui nous mettent mal à l'aise. La peur et la honte nous rendent muettes, et comme il devient de plus en plus difficile d'en parler avec notre partenaire, nous finissons par nous taire et nous isoler avec ce problème.

Contrôler
Protéger et excuser n'a rien changé au problème, alors nous essayons de limiter les consommations, de contrôler ce qu'il fait, où il va, avec qui... Nous développons parfois d'ingénieuses stratégies pour essayer de maîtriser la consommation d'alcool de notre partenaire. Mais là encore le problème persiste et notre humeur varie au gré de l'humeur de notre partenaire. Il boit peu, il sort moins et nous retrouvons espoir. II rentre tard et s'endort sur le canapé et c'est la déception. Sans compter que nous perdons peu à peu confiance en lui et en nous, ainsi qu'en notre capacité à l'aider et à l'empêcher de boire. Alors les épisodes de disputes, les colères éclatent de plus en plus souvent... colère contre lui, contre l'alcool, contre nous-mêmes, contre ceux qui boivent avec lui, contre ceux qui voient son problème et ne disent rien...

Accuser
Lorsque la situation est devenue insupportable et que toutes nos tentatives pour essayer de le faire arrêter de boire ont échoué, nous laissons alors libre cours aux reproches. C'est à cause de lui que tout va mal, c'est lui qui nous rend malheureuse... il doit arrêter de boire sinon il sera responsable des conséquences qui peuvent aller d'une dénonciation pour conduite sous effet de l'alcool à une demande de divorce.
Il aura fallu beaucoup d'énergie dépensée, de souffrance accumulée, de moments d'espoir et de doute pour finalement nous rendre compte que nous ne pouvons pas faire les choses à sa place et que sans engagement dans une démarche, toutes nos tentatives n'arriveront pas à stopper la progression de la maladie de la dépendance. Pourtant, nous pouvons faire quelque chose, même s'il n'est pas prêt se faire soigner.

Comprendre le rôle que l'on joue
Pour une femme, il est particulièrement difficile de ne pas offrir spontanément son aide et son soutien. L'image de la femme est en effet souvent associée à des qualités comme la patience, la sensibilité, la serviabilité, le dévouement, la capacité à se mettre à la place de l'autre. Ces représentations sociales imprègnent et déterminent notre comportement de femme et l'image que nous avons de nous-mêmes.
Nous nous sentons facilement responsables et pensons que, sans notre aide, il n'arrivera pas à s'en sortir... quitte à devoir nous-mêmes avoir recours à des médicaments ou à d'autres substances pour pouvoir tenir le coup dans une telle situation.

Quel comportement adopter?
Un couple, c'est un peu comme un engrenage: les pièces s'imbriquent les unes dans les autres et tournent à un rythme donné. Si une des pièces se met à tourner différemment, tout l'engrenage doit tourner différemment... ou casser. Alors plutôt que désespérer de le voir changer... si MOI je change quelque chose, cela aura nécessairement une influence sur son comportement à lui. Mais que changer?
- J'accepte que je ne peux pas arrêter de boire ni me faire soigner à sa place,
- Je ne peux que changer que moi-même,
- Je réapprends à répondre à mes besoins et mes envies: faire ce qui me fait plaisir, rencontrer les personnes que j'aime, prendre du temps pour m'occuper de moi,
- Je ne dois pas me sentir coupable: il ne boit pas à cause de moi, il boit parce qu'il est malade de l'alcool et c'est la seule raison qui explique son comportement,
- Je pose des limites pour ne plus souffir pareillement de ce problème d'alcool
- Je ne dois plus tout assumer ni tout faire à sa place,
- Je cherche de l'aide pour moi-même, pour soulager ma souffrance et m'aider dans ma démarche.


Même si c'est votre partenaire qui est dépendant de l'alcool, sa maladie vous affecte tellement qu'il vous est difficile de continuer à supporter la situation.
Nous ne pouvons que vous encourager à chercher de l'aide à l'extérieur de votre couple auprès de :
- un médecin en qui vous avez confiance et à qui vous pouvez parler de votre situation.
- un centre de consultation en alcoologie et autres dépendances.
Voir ceux de votre région >
Structures de soins en alcoologie - SFA
Conseils - Contacts - Adresses - A.N.P.A.A.
Structures hospitalières en addictologie
,
- un groupe d'entraide des proches de personnes dépendantes.
Voir les adresses dans votre région >
AL-ANON / ALATEEN Groupe en France
Esperance AL-ANON francophonie.

Choisissez la voie qui vous convient le mieux et surtout celle où vous sentirez comprise et écoutée. Toutes les personnes ont le devoir de garder pour elles mêmes ce que vous allez leur confier; de plus, leurs prestations sont soit gratuites soit prises en charge par votre assurance maladie.

Apprendre à aider
Comment aider quelqu'un qui ne demande rien et qui ne souhaite pas changer ?
II est légitime de vouloir aider votre partenaire, mais parfois aider c'est trouver le courage de lâcher prise, c'est-à-dire de laisser votre partenaire assumer lui-même les responsabilités de sa consommation d'alcool et leurs conséquences au quotidien... même si, dans un premier temps, il vous semblera inhumain de le laisser se détruire sans rien essayer de faire. Mais peut-être est-ce la seule façon pour votre partenaire de prendre conscience de la gravité de sa maladie et du besoin qu'il a de se faire soigner.

La dynamique du changement
Votre nouvelle attitude va forcément provoquer des changements. II faut vous préparer à ce que ces changements ne soient pas nécessairement positifs et qu'ils engendrent une augmentation de la consommation, des menaces, des conflits. Impossible de prédire la réaction de votre partenaire mais il va certainement réagir, parce que quelque chose change dans sa vie à lui aussi et qu'il souhaiterait que les choses restent comme elles ont été jusque-là. N'hésitez pas à chercher de l'aide, car cela peut être un moment particulièrement difficile pour vous et, dans ces conditions; vous hésiterez certainement à poursuivre dans cette nouvelle voie.
Pourtant si vous lui laissez assumer ses responsabilités et ses tâches, non seulement vous aurez vous-même le sentiment de revivre et de reprendre goût à la vie, mais votre bien-être retrouvé ne pourra que donner espoir à votre partenaire qu'il peut lui aussi changer, lui aussi chercher de l'aide pour lui-même, afin d'atténuer les souffrances de sa maladie : II n'y a que lui qui peut s'offrir cette chance.
Redonner la responsabilité de la maladie et de son traitement à son pertenaire, lâcher prise, prendre sonscience de ses propres besoins et y répondre, voilà une redécouverte pour vous-même. Préparez-vous à faire face à des remarques interrogatives, et parfois désobligeantes de vos interlocuteurs: Comment peut-elle le laisser tout seul? Pourquoi est-elle si insensible? Pourquoi ne l'aide-t-elle pas?
Tout le monde n'a pas votre expérience et spontanément tout le monde pense qu'il faut protéger, excuser, aimer, être présent -trop parfois-, pour aider un partenaire dépendant. Vous aussi avez cru cela. À présent, vous savez que faire, prendre du temps pour vous même, et ne pas hésiter à chercher de l'aide à l'extérieur !

Cela n'arrive qu'à moi
Vivre avec une personne dépendante de l'alcool est une situation difficile où l'on ne cesse de se poser des questions et de se remettre en question. Espoir, désespoir, amour, haine, colère, culpabilité... tant de sentiments qui se succèdent ou cohabitent qu'il arrive souvent qu'on ne sache plus où on en est. Parfois colère, tristesse et découragement nous amènent à en perdre nous-mêmes le sommeil et à affecter notre propre santé physique.
Et puis il y a aussi de nombreuses questions qui nous empoisonnent la vie:
- Suis-je responsable de la situation?
- Quand il/elle me dit qu'il/elle boit à cause de moi, est-ce vrai?
- Comment cacher la situation à mon entourage?
Ces sentiments de honte et de culpabilité nous isolent peu à peu. S'offrir du bon temps, suivre ses envies et ses désirs, se changer les idées deviennent missions impossibles par manque de temps, parce qu'on n'a plus l'énergie de sortir ou qu'on a peur qu'une catastrophe se produise en notre absence. Alors peu à peu s'installent solitude, épuisement, désespoir et le sentiment d'avoir raté quelque chose et de ne rien pouvoir changer. Pourtant nombreuses sont les femmes, partenaires, mères, filles qui souffrent d'une telle situation avec le sentiment d'être totalement seul(e)s.

Sources et Liens

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